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Hendrik Traunstein

 
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Hendrik Traunstein
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MessagePosté le: Sam 2 Juin - 05:28 (2007)    Sujet du message: Hendrik Traunstein Répondre en citant

Votre personnage

Nom : Traunstein
Prénom : Hendrik
Surnom :
Âge : 22 ans
Sexe : Masculin
Nationalité : Allemand
Rang demandé : Lieutenant du navire corsaire "Sieben Meere"

Descriptions

Description psychologique :
Hendrik est tout d'abord un homme plein d'ambition. Il est prêt à beaucoup de choses pour atteindre ses buts et n'est pas arrêté par les détails. Devant la loi, il réplique généralement que "ce ne sont que des formalités" ; ceux qui se prétendent au-dessus de lui s'aperçoivent rapidement qu'il n'est pas de tout repos. Il est persévérant et déterminé ; ses années d'aventure lui ont forgées un caractère dur et une volonté inébranlable. C'est un amoureux de l'océan, autant dire que navigation est synonyme de liberté. C'est sur un navire qu'il se sent chez lui et la terre ferme le rend maladroit, insécure. Par contre, il est très débrouillard et s'organise habituellement pour trouver solution à ses problèmes ; Hendrik est très indépendant et dit n'avoir besoin de personne. En vérité, il souffre. Il souffre de la perte de son compagnon de vie : Reinhard. Il ne veut en aucun cas remplacer celui qu'il aimait -et aime toujours- et préférerait mourir plutôt que de devoir le trahir, même par-delà la mort.

Cet homme, malgré son côté sombre, est un artiste. D'ailleurs, la mer lui inspire tant de choses qu'il n'était pas rare de l'entendre chanter, du haut du grand mât, l'une des nombreuses chansons qui lui venaient à l'esprit. Il est le compositeur de beaucoup d'entre elles et s'est souvent plu à les apprendre à l'équipage. Il a appris à écrire au cours de l'un de ses nombreux voyages, et depuis qu'il a la capacité de le faire, il aime noircir les parchemins d'encre. Son moment favori pour le faire était à la nuit tombée, lorsqu'il prenait son quart sur le pont. Il a souvent fait face à des réprimandes de la part de l'équipage, car selon les règles, ils ne devaient plus allumer de lanternes après le coucher du soleil ; chaque fois, Reinhard se chargeait bien sûr de remettre les matelots à leur place. Hendrik a, depuis le naufrage, une certaine anxiété. Il se soucie régulièrement de "la suite" ; il se demande sans cesse ce qui se passera et il déteste être surpris. La tempête frappe par suprise, dit-on souvent...

Face aux autres, Hendrik ne paraît pas très sociable. En effet, il semble ne pas beaucoup aimer la compagnie et est un peu froid avec les gens. Il est très direct dans ses paroles et se soucient peu du mal que peuvent faire ses propos : si quelque chose le dérange, il le dira. Toutefois, il n'est pas très bavard et laisse aux autres le soin de remplir la conversation. C'est un homme en apparence distant, mais ce n'est que la carapace de sa douleur intérieure. Et même si quelqu'un remarque qu'il ne va pas "bien", jamais il ne se confiera de son plein gré à n'importe qui. Il garde ses secrets férocement ; son âme est parée d'une armure d'indifférence, ce qui le rend impassible face aux situations où un humain dit "normal" serait bouleversé. Pour lui, rien ne sera jamais aussi perturbant que d'avoir vu le corps de son aimé.

Description physique :
Hendrik est un homme qui a développé un charisme étonnant. Il est passé d'un orphelin maigrelet et turbulent à un homme charmant et agile. Sa silhouette finement musclée lui a été souvent utile : étant svelte et rapide, le métier de gabier lui était destiné. Son visage a, malgré tout, des traits fins et doux, sans pourtant être féminins. Une mâchoire légèrement carrée et un menton arrondi forme le bas de son visage, ses lèvres fines s'étirent rarement en un sourire sincère. Ses yeux en amande sont bleu-vert, surlignés de fins sourcils. Il possède un regard autoritaire et perçant, qui ne laisse jamais place à la discussion lorsqu'il donne un ordre. Au fond de ses iris se glissent la tristesse et la haine, la passion et l'amour ; une contradiction face à l'océan, car il aime la mer autant qu'il peut la détester. Elle lui offre la liberté, mais lui a retiré son aimé.

Ses cheveux sont châtain blond, parsemés de reflets parfois plus foncés. Ils sont très longs en certains endroits, plusieurs mèches s'étirent jusqu'au milieu de son dos, alors que d'autres se terminent sur ses larges épaules. Les pointes se bouclent légèrement, le reste cascade gracieusement ; quelques mèches sortent du lot, mais Hendrik prend généralement soin de les remettre à leur place, puisqu'il tient à son image. Le vent dans les hauteurs le décoiffait régulièrement, sauf que dans ces moments-là, il était seul : ses mèches rebelles le dérangeaient donc bien moins. Sa main gauche est couverte de petites blessures : étant droitier, Hendrik faisait bien attention de ne pas trop abîmer sa main utile. De sa main gauche il se protégeait des intempéries, des débris et beaucoup d'autres choses.

Du côté de son habillement, il s'est souvent contenté de ce qu'il avait. De simples pantalons, des bottes de cuir -ou pieds nus parfois lorsqu'il était sur le navire-, des chemises aux manches bouffantes et autres accessoires. Il a un tatouage sur le torse, représentant un dessin tribal. Lors du naufrage, il portait un simple pantalon, des bottes de cuir et une chemise blanche -les manches légèrement bouffantes étaient garnies de dentelles, ainsi que le col descendant jusqu'à la moitié de son buste. À son cou pendaient plusieurs colliers différents -lanières de cuir garnies de petites perles.

À votre arrivée

Lors du naufrage, Hendrik portait un simple pantalon, des bottes de cuir et une chemise blanche -les manches légèrement bouffantes étaient garnies de dentelles, ainsi que le col descendant jusqu'à la moitié de son buste. À son cou pendaient plusieurs colliers différents -lanières de cuir garnies de petites perles. Il n'avait avec lui que sa bourse, contenant une maigre somme d'ailleurs, et une petite dague, qu'il gardait à sa ceinture.

Pour nous

Comment avez-vous trouvé le forum ? Grâce à une publicité sur Mad House.
Personnage sur l'avatar ? Le Prince Ludwig, de Ludwig Kakumei - Kaori Yuki
Suggestion/commentaire/autre : Hum...Est-ce qu'un "désolé" pour la longueur immense de mon histoire peut passer comme "autre" ^_^ ?
Code : BON


Mon histoire étant extrêmement longue, c'est dans le prochain message qu'elle se situera.


Dernière édition par Hendrik Traunstein le Sam 2 Juin - 22:06 (2007); édité 2 fois
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MessagePosté le: Sam 2 Juin - 05:28 (2007)    Sujet du message: Publicité

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Hendrik Traunstein
Invité

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MessagePosté le: Sam 2 Juin - 06:13 (2007)    Sujet du message: Hendrik Traunstein Répondre en citant

Voici donc cette fameuse histoire...

12 juillet 1656

Dans le port de Copenhague, un navire marchand d’origine danoise vient d’accoster. L’équipage qui met pied à terre semble secoué par quelque terrible aventure et les marins se rendent à la taverne, pour s’y remettre de leurs émotions. La plupart des habitants qui les ont vu passer dans la rue décident de les suivre ; afin d’apprendre leur histoire. À quelques coins de rue de là, la petite troupe entre « Au Kraken Souriant » -quoi de plus contradictoire que d’associer le nom du monstre marin le plus craint de la Scandinavie avec l’adjectif « souriant ». Il s’agit d’une taverne fréquentée par les vieux loups de mers, les pirates solitaires et les capitaines déchus ; une taverne d’amoureux de la mer. Occasionnellement, les navires de passage autorisent leurs équipages à s’arrêter ici, où ils se font un plaisir de raconter leurs aventures rocambolesques.

Cette fois, les matelots danois ne sont pas aussi emballés par ce qu’ils ont vu. Au large, ils ont aperçus un bâtiment, une petite frégate. Ils purent distinguer son nom, grâce à la longue-vue du capitaine : Sieben Meere. Tout le monde en cet endroit connaît cette embarcation, c’est un navire corsaire allemand. Il avançait lentement sur la mer calme et, contrairement à ce qu’on racontait, ne fit aucune manœuvre pour s’approcher du galion danois. Soudainement, comme souvent elle le fait, la tempête comme un ennemi fourbe se leva. Les nuages se regroupèrent en grondant au-dessus du Sieben Meere, comme un troupeau de bêtes noires et féroces. Les vagues se déchaînèrent, se fracassant contre le navire allemand. Les danois ne furent touchés que par quelques secousses, qui ne les inquiétèrent pas du tout ; au-dessus d’eux, le ciel était bleu. De leur point d’observation, ils virent avec horreur les allemands un à un projetés vers les fonds marins...

« Il s’agissait du fameux équipage pirate...
- On dit « corsaire », Sven !
- Non, on dit « corsaire » lorsqu’ils ont des lettres de marque. « Pirate » quand ils n’en ont pas...
- Mais ils en avaient ! L’équipage du Sieben Meere avait des lettres, mon ami !
- Ce n’était pas les leur... »

_______________________________________


Vingt-deux ans plus tôt...

Margaret van der Kövens ouvre la porte de sa petite maison ; à ses pieds se trouve un amas de vieilles couvertures, protégeant un bébé du froid mordant de l’hiver. L’enfant dort, ses petites lèvres légèrement entrouvertes sont bleuies. Sur les trois de la semaine, c’est le premier qui ne pleure pas. Ses petites mains sont crispées sur un morceau de parchemin ; « Hendrik » peut-on y lire. La femme prend délicatement le bambin dans ses bras et le ramène à l’intérieur, où quatorze enfants attendent leur mère d’adoption. Il aurait dû y en avoir vingt-trois, mais neuf n’ont pas survécus à leurs mauvaises conditions.

Margaret tient l’orphelinat d’un petit village allemand : ici, les gens n’ont pas beaucoup de moyens, le cinquième enfant est souvent de trop.

J’étais malheureusement le cinquième...

Mon enfance se déroula aussi normalement que peut l’être la vie d’un orphelin parmi tant d’autres. Les journées étaient longues pour nous, jeunes allemands du dix-septième siècle, et les saisons se succédaient dans le même cycle éternel. Je m’étais lié d’amitié avec quelques garçons de l’orphelinat, dont un, nommé Hans. Il était de deux ans mon cadet mais nous nous entendions bien. Nous passions nos journées à traînasser au port, alors que la vieille van der Kövens criait nos noms à travers le village. Les navires nous passionnaient.

« Je deviendrai pirate pour partir en quête de trésors ! me dit un jour Hans, alors que les marins bavassent à propos d’un navire sans pavillon aperçu au large. »

Il me déconcertait. Hans était naïf, toujours à croire que la vie se résumait à un magnifique conte de fées. Pirate ? Je trouvais ce semblant de métier totalement vulgaire. On ne pouvait pas choisir cette vie, c’était contraire à tout ce que je connaissais.

« Moi je deviendrai corsaire. Au service du roi ! Et lorsque j’aurai fais une bonne prise, un gros galion danois peut-être, je n’aurai qu’à me rendre au port le plus proche pour le revendre au plus offrant, alors que toi tu devras naviguer les sept mers pour revendre ton trésor imaginaire à quelqu’un qui ne voudra pas te livrer à la marine royale ! »

Nous nous étions ensuite battus, armés de vieux bouts de bois comme nous le faisions presque tous les jours. Les matelots nous reconnaissaient parfois, certains connaissaient nos prénoms et le capitaine du « Fisker(1) » nous avait même promis de nous embarquer un jour, quand nous serions plus vieux. Mais je n’avais pas l’intention d’attendre d’être majeur pour monter sur un bateau, je voulais devenir capitaine d’un navire corsaire avant d’avoir cinquante ans tout de même. À l’orphelinat, j’étais sans cesse réprimander pour de petites fugues : Hans, Reinhard, Kurt, Thomas et moi étions irrécupérables de ce côté. Nous étions des petits Rowdy(2) aux yeux de Margaret van der Kövens. Alors un soir, comme pour prouver que nous étions des petits monstres sans foi ni loi, nous avons concoctés un plan dont tout le monde se souviendrait. Le plan de notre grande évasion.

Bien sûr, l’orphelinat semblait être un endroit parfait pour cinq orphelins comme nous, mais il y avait beaucoup de contraintes, de limites à ne pas dépasser, de règles. Des choses que ni moi ni eux ne pouvaient supporter plus longtemps. À la lueur d’une bougie improvisée (de la vieille cire allumée avec un briquet), nous consultâmes les plans du village volés dans le bureau de Madame van der Kövens et trouvâmes le meilleur chemin pour se rendre au port. Reinhard, le plus vieux d’entre nous, avait proposé que nous embarquions clandestinement à bord d’un navire marchand. Ensuite, nous n’aurions plus qu’à séparer le groupe en deux et nous cacher à différents endroits sur le bateau, jusqu’au prochain port. À partir de là, nous mettrions pied à terre et trouverions du travail pour, éventuellement, acheter un navire et devenir un équipage. Lorsque nous aurions grandis un peu, nous retournerions en Allemagne, proposés nos services de corsaire au roi. Tout semblait parfait.

Nos maigres affaires dans des sacs, les cinq gaillards que nous étions se glissèrent hors de l’orphelinat avant de se précipiter vers le port. Aucun navire n’appareillait cette nuit, heureusement. Reinhard choisit un énorme bâtiment, si vaste qu’il semblait impossible qu’on nous retrouve avant la prochaine destination. Une fois à bord, Kurt, Thomas et Hans se cachèrent à la cale, alors que Reinhard et moi fûmes obligés de se glisser dans un recoin sombre à peine assez grand pour nous deux. Lorsque le navire s’éloigna en haute mer le lendemain, il avait à son bord, cinq adolescents : Reinhard, 16 ans, Kurt et Thomas, 14 ans, moi, 13 ans, et le pauvre Hans qui n’avait que onze ans. Nous étions sûrs que notre plan était infaillible, seulement...


23 mai 1647

« Debout sales petits voyous ! »

Le lieutenant de la « Pantomima », un navire marchand espagnol, venait de trouver deux adolescents recroquevillés dans un recoin. Une heure plus tôt, quelle avait été sa surprise lorsque trois de leurs camarades avaient été retrouvés dans la cale. Comme ils s’apprêtaient à partir, ils avaient fait descendre les trois gêneurs sous peine de les jeter par-dessus bord. Peut-être auraient-ils dû fouiller le navire avant de repartir. Voilà que, dans le simple but de s’assurer que tout soit parfait, le lieutenant Alfonso Guabalera avait trouvé deux autres jeunes hommes. Le plus jeune était un peu maigrelet, mais l’aîné semblait naturellement fait pour naviguer : il avait le gabarit et les muscles d’un futur matelot. Le lieutenant empoigna ce dernier par l’épaule et fit signe au plus petit de les suivre. Le gringalet leur emboîta le pas, s’étirant les bras pour se réveiller un peu de son petit somme.

« Hola ! Capitaine ! J’ai trouvé ces deux muchachos(3) sur le navire ! Celui-là a l’air fait pour la navegación(4) ! Est-ce qu’on garde l’autre aussi ? »

Le capitaine Roldan Delestrez était un homme grand, très mince, aux allures de prince. Il portait une longue cape rouge flamboyant et des habits dignes d’un noble. Ses cheveux étaient noirs, légèrement bouclés, tombant sur ses épaules. Il baissa les yeux vers son lieutenant –étant donné qu’il avait au moins une tête de plus que l’homme- puis soupira.

« Envoie-moi ces deux chavales(5) sur le pont ! Et veille à ce qu’ils aient des tâches adaptées à des petits gamberros(6) comme eux ! »

Curieuse façon de se faire réveiller...

Plutôt violente, je dirais. À vrai dire, Reinhard et moi n’avions pas prévu que cela arriverait. Après notre embarquement et la découverte de ce qui serait notre cachette –un espace entre d’énormes sacs de maïs- nous nous sommes rapidement endormis. Pour ma part, je fis un rêve merveilleux rempli d’aventures en mer et de pirates à la potence. De trésors fabuleux vendus pour une fortune aux enchères. Je voyais déjà un magnifique tricorne sur ma tête, assorti à mon manteau, celui qui ferait de moi le corsaire le plus effrayant sur les mers ! Mais à cette époque, j’étais un gamin. Un gamin inconscient du danger de cette expédition. Quelques heures plus tard, les matelots déjà au travail trouvèrent Thomas, Kurt et Hans. Ils furent débarqués avant que le navire s’éloigne du port, de la côte, du pays qui était le nôtre. Et alors que le galion fendait les eaux, je dormais paisiblement, blotti contre mon compagnon. La main rude du lieutenant Guabalera nous sorti du sommeil et moi de mon rêve fantastique.

Comme il en avait eu l’ordre, l’homme nous envoya au travail. Reinhard dut travailler sur le pont, puisque tout le monde semblait penser qu’il avait la stature pour ce genre de tâches. On lui donna par contre seulement une serpillère et un sceau, pour qu’il lave les lattes de bois. Je trouvais fort inutile de laver ce qui était déjà balayé par la mer, mais les matelots paraissaient en accord avec la décision de leur supérieur. J’aurais bien voulu rester sur le pont avec mon ami, mais on m’envoya à la coquerie, comme si je n’étais bon qu’à cela.

« Moi aussi je sais faire du nettoyage, vous savez ! Je serais très utile sur le pont ! »

Mes protestations furent inutiles, car on me relégua tout de même aux cuisines, à surveiller le feu et le tangage du navire par la même occasion, pour éviter qu’un incendie se déclare à bord. Ce n’était pas une tâche palpitante, j’enviais Reinhard qui devait se méfier des matelots autant que des mauvaises vagues qui le projetaient au sol. Malgré son évidente carrure de mathurin, il n’avait pas le pied marin.


« Entamons une chanson, amigos(7), pour encourager nos deux nouveaux compagnons ! »

Le maître d’équipage, qui quitta son poste pour venir se placer au pied du mât, aboya la première note sans la moindre grâce.

« Ho hisse ! Matelots ! »

Le lieutenant s’avança à son tour pour l’accompagner, améliorant par la même occasion la performance du chanteur improvisé.

« Sur l’océan, à travers les flots,
On vous d’mande pas d’vous amuser
C’qui faut ici, c’est travailler !

Ho hisse ! Matelots !
Faites-moi donc bouger c’rafiot !
C’pas pour les faibles, la vie en mer
Sur un navire, c’est la galère !

Ho hisse ! Matelots !
Y’a qu’les pirates pour dire « Yo-ho » !
Allez, marins, souquer, souquer !
Allez, marins, ensemble : chantez !
»

Les matelots qui s’étaient, jusqu’à lors, peu intéressés à la chanson, reprirent en chœur la mélodie.

« Ho hisse ! Matelots !
La Pantomima vogue sur l’eau !
Le capitaine sera content
Si nous accostons au port à temps !
»

Leurs voix, comme la seule parole puissante d’un dieu marin, s’éleva dans l’air tandis qu’ils travaillaient avec plus d’ardeur. Cette chanson n’avait pas seulement ragaillardie les deux adolescents, mais aussi tout l’équipage.

Dans mon coin, assis près du fourneau, je me surpris à chanter moi-même quelques « Ho hisse ! Matelots ! » tout bas. Je me promis que, lorsque je serais capitaine de mon navire corsaire rêvé, moi aussi je chanterais une chanson de marin. Mentalement, je composais déjà quelques variations de la mélodie des marchands de la Pantomima. Une chanson moins rigoureuse au niveau du boulot bien sûr. Non pas que j’ai toujours été d’une paresse incurable, mais plutôt parce que je n’aime pas beaucoup travailler. On m’a souvent répété de ne pas faire aux autres ce que je ne voudrais pas qu’on me fasse : je ne pouvais donc pas les obliger à travailler d’arrache-pied alors que moi-même ne le ferait jamais.

Enfin, on me permit de prendre un peu d’air sur le pont. Contrairement à nos plans, Reinhard et moi ne débarquâmes pas au port suivant. Le navire mouilla trois jours, le temps que les marchandises soient livrées et nos réserves réapprovisionnées. Puis la Pantomima s’éloigna de nouveau sur la mer. J’avais appris à aimer la cuisine, à aimer me rendre au poste d’équipage du gaillard avant pour remplir la fontaine du café venu du Moyen-Orient, à bavarder et à chanter avec les marins. Reinhard semblait réellement dans son élément, ici. Je lui avais toujours trouvé un côté nautique, comme s’il avait déjà bourlingué auparavant, dans une vie antérieure. Le soir, il venait me rejoindre dans la coquerie. J’y dormais, car je surveillais aussi les lieux durant la nuit. Il surveillait souvent à ma place, pour me laisser un répit d’une heure, parfois même deux.

Nous étions comme deux frères. Les autres qualifiaient notre relation de « matelotage ». On m’expliqua qu’il s’agissait d’une sorte de « liaison » entre deux matelots qui se partageaient tout et que, si l’un des deux mourait, l’autre hériterait de tous les biens de son compagnon. Je trouvais que c’était un qualificatif parfait pour ce que nous vivions. Je souhaitais effectivement que Reinhard hérite de tous mes biens, comme lui désirait que j’aille ce qu’il possédait. Nous étions liés comme deux frères, deux amants...
Durant deux ans, nous avons travaillés sur la Pantomima comme matelots. J’avais enfin eu l’occasion de passer sur le pont. Grâce à ma petite taille et mon agilité, on me désigna comme assistant du gabier(8 ). J’aimais grimper dans les cordages et m’occuper du gréement. Reinhard apprenait le rôle de canonnier, ce qu’il appréciait énormément même si nous n’avions jamais eu besoin de tirer sur quelque navire que ce soit. Au terme de cette aventure, les orphelins que nous étions décidèrent de quitter la profession, pour débarquer à Copenhague. Le capitaine Delestrez eut l’amabilité de nous y déposer –précisons aussi que, de toute manière, son prochain lot de marchandises devait être livré à un petit village près de la capitale.


9 septembre 1649

À Copenhague, Reinhard, âgé alors de 18 ans, et son compagnon Hendrik, 15 ans, entre dans la première auberge qu’ils croisent. Leurs habits froissés, leurs cheveux en bataille et l’odeur du sel marin qui leur colle à la peau indiquent immédiatement aux habitants que ces deux là ont longtemps navigué. L’aîné sort sa bourse et s’approche de l’aubergiste, suivi de près par son ami un peu timide.

« Excusez-moi, messire ? Auriez-vous une chambre pour deux jeunes marins fraîchement débarqués ?, demande le jeune homme.
- On ne sert pas les voyous ici !
- Les voyous ? J’ai de quoi payer, messire. »

Exhibant quelques pièces, c’est au tour d’Hendrik d’offrir un sourire confiant à l’aubergiste.

« Nous avons servis ces deux dernières années sur la Pantomima, un navire marchand espagnol qui mouille dans ce port pour quelques jours...Mais mon ami et moi désirons trouver du travail à terre pour quelques temps. Auriez-vous une chambre pour nous ? »

Une étincelle scintilla dans les yeux de l’homme. Il avait toujours désiré s’embarquer sur un navire, mais le destin l’avait plutôt conduit sur les traces de son père. De plus, il manquait présentement d’aide aux cuisines ; les clients de l’auberge étaient de gros mangeurs, mais aussi buveurs.

« Travail, dis-tu ? Garde ta bourse, mon gaillard ! Je vous offre une chambre, mais en échange, travaillez ici pour me dépanner ! »

Cela parut un marché équitable aux deux adolescents, qui acceptèrent évidemment. L’aubergiste envoya sa fille Aurelia leur montrer la chambre, une petite pièce tout de même confortable, où se côtoyaient deux matelas de pailles et de plumes. Le soir même, Reinhard et Hendrik commencèrent leur nouveau boulot, mais ils découvrirent rapidement que laver la vaisselle et porter des plateaux n’avaient rien de bien palpitant. Souvent, lorsqu’ils s’attelaient à la tâche de décrasser les couverts ensemble, ils prenaient de petits bols comme navires et des ustensiles comme rames, jouant dans l’eau comme deux gamins immatures.

Mais finalement, quelques semaines plus tard, ils en avaient déjà assez. La vie en mer leur manquait cruellement. La Pantomima avait quitté le port : ils l’avaient regardé s’éloigner alors que le lieutenant Guabalera leur faisait de grands signes. Ils quittèrent l’auberge pour une nouvelle vie. Leur chemin, sans aucune destination jusqu’à maintenant, les mena dans une partie reculée de la ville, où ils trouvèrent une taverne. Une soudaine envie de boisson les prit et les deux garçons entrèrent, confiants. « Au Kraken Souriant » semblait être un lieu de marins. À chaque table se regroupaient des matelots, parfois accompagnés de leur capitaine, qui buvaient des litres d’alcool. Au comptoir se multipliaient les vieux loups de mers solitaires, qui avaient trouvés en leurs semblables une compagnie d’un soir. Reinhard et son cadet se glissèrent à une table restante et commandèrent une bonne dose de guildive(9) pour se remettre d’aplomb.

Ils burent jusqu’à n’avoir plus soif et écoutèrent les récits merveilleux des autres marins, racontant eux-mêmes les deux années qu’ils avaient passés à bourlinguer. À cette époque, on ne faisait pas de distinction entre « adolescent » et « homme ». L’adolescence était un stade inexistant. Ces deux jeunes gaillards étaient considérés comme des hommes, maintenant qu’ils gagnaient leur vie et buvaient du rhum ! Et ils étaient fiers de ne pas être traités en gamins ; ils se mêlaient aisément à la foule des navigateurs et leurs récits n’étaient plus considérés comme des divagations d’enfant rêveur.

Leur soirée fut donc riche en alcool et en histoires, se terminant par la suite à bord de « L’Amiral David », un galion français. En effet, durant la soirée, Reinhard était tombé sur, contre toute attente, une fille. Vêtue comme un homme, une bouteille à la main, dans ses discours on reconnaissait un accent français prononcé. Le jeune homme aurait donné sa main à couper qu’elle était française. Elle invita Reinhard à la suivre à bord du navire commandé par le capitaine Lavasselière, dont elle était la fille. L’apprenti canonnier refusa de partir sans Hendrik, qui fut aussi invité à dormir dans la cabine de la belle pour cette nuit. Au petit matin, par contre, c’est sous la menace d’un pistolet à silex que les deux jeunes hommes furent chassés. Leurs habits entre les mains, la jolie Winnifred Lavasselière couverte d’un simple drap les suivant ; ils tentèrent tous les trois d’expliquer la situation à l’amiral David Lavasselière, qui pointait dangereusement le canon de son arme vers leurs têtes en vociférant.

« Mécréants ! Pirates ! Débauchés ! Toucher à ma fille ! Mais à quoi avez-vous pensé ?
- Père !
- Messire !
- Plus un mot, vous trois ! »

Le capitaine furieux s’avança vers les deux jeunes hommes légèrement vêtus.

« Que faisiez-vous avec ma fille ?
- Père !
- Suffit ! rugit-il tel un lion enragé.
- Winnie...Hum...Mademoiselle Winnifred, nous avait invités à passer la nuit ici, étant donné que nous nous sommes rencontrés à la taverne... »

L’explication de Reinhard n’arrangea pas les choses et les deux garçons durent même courir pour échapper aux trois balles qui leur sifflèrent près du crâne. Dès qu’ils furent hors de portée, ils se rhabillèrent convenablement, devant une foule de villageois qui se moquaient ouvertement de leur situation.

Cette première journée en hommes solitaires nous avait suffisamment secoués pour les prochaines semaines. Toutefois, je n’abandonnais pas mon rêve de devenir corsaire. J’en fis d’ailleurs part à mon compagnon qui partagea aussitôt mon idée. Malheureusement, je n’avais pas encore assez d’expérience, ni de réputation, pour devenir un corsaire au service du roi. Il nous fallait des références et nous n’avions jusqu’à maintenant que nos deux années de travaux sur la Pantomima. Après un petit tour Au Kraken Souriant, nous nous sentions près à trouver un nouvel équipage. Au port –où nous avions eu l’audace de retourner-, la voix du capitaine Lavasselière résonnait toujours. Peut-être tempêtait-il contre sa fille ?

Notre quête d’un poste fut longue, car les équipages un tant soit peu professionnels semblaient croire que nous n’étions que des gamins incompétents. Pourtant, à bord du « The Sailing Hellraiser », on nous donna la chance de démontrer nos capacités. Reinhard à la maîtrise d’un canon et moi dans les cordages, nous passâmes le test comme des maîtres ou presque et le capitaine, John Smitherson, décida de nous engager, au moins jusqu’au prochain arrêt. Or, mon compagnon et moi avions une connaissance plutôt limitée de la langue anglaise. Quelle fut donc notre surprise lorsque, une semaine après le départ, j’apprenais que le The Sailing Hellraiser signifiait en quelque sorte « Le Démon Navigateur ». Commença une aventure périlleuse dont j’appris les détails au fil du voyage. The Sailing Hellraiser était un navire volé, accostant au port de Copenhague seulement pour quelques heures, pour ensuite repartir avant que quelqu’un ne signale sa présence. L’équipage à bord était composé, pour la plupart, de pirates purs et durs. Les autres étaient des anglais, premiers possesseurs du navire, forcés à travailler sous peine d’être égorgés. J’étais littéralement horrifié. Moi qui rêvais d’être corsaire, de ne jamais avoir de démêler avec la justice de mon pays, je me retrouvais sur un navire volé en compagnie d’un équipage de pirates –dont je faisais maintenant parti ! Craintif, je demandai au capitaine de bien vouloir nous déposer au prochain port. Reinhard à mes côtés, je me sentais tout de même un peu rassuré.

« Déserter le navire au prochain port ? Pas question, moussaillons ! Ou bien vous finirez comme ce cher capitaine Sir Russell Lerman ! »

Il pointa son index vers la poupe du navire. N’ayant pas réellement porté attention à cet endroit, je n’avais pas remarqué le crâne presque entièrement décomposé qui pendait là, rattaché au navire par une corde. Son visage était tordu dans une expression de douleur atroce, les yeux s’étaient recroquevillés dans leurs orbites...C’était une vision horrible.

Une vision qui me resta malheureusement durant de nombreuses années, même lorsque la tête tomba à l’eau, lors d’une brève tempête. Et quand le capitaine Smitherson me criait de remonter en haut du grand mât, de lui indiquer le pavillon d’un navire qui approchait, j’imaginais douloureusement la souffrance des matelots anglais et celle encore pénible des survivants. Je voyais le sabre du pirate les découper comme de vulgaires morceaux de viande. C’est avec un goût amer dans la bouche que je criais :

« Pavillon anglais, mon capitaine ! »

Alors que je savais très bien que, en bas, il murmurait un « excellent » d’un ton satisfait. Quatre ans. Quatre ans durant lesquelles, chaque nuit, je retrouvais Reinhard pour me consoler de notre bêtise. Le matelotage originel s’était peu à peu transformé en une liaison...amoureuse. D’un côté, je comptais sur lui pour me protéger, veiller sur moi et de l’autre, je recherchais avidement les moments où il pourrait me serrer dans ses bras. Un soir, à l’heure où l’on m’autorisait à quitter mon poste, Reinhard qui prenait son quart avec l’un des marins anglais s’approchèrent de moi.

« Nous quittons le navire, ce soir, murmura mon amant en me tendant un sac. »

Il contenait quelques provisions et autres qui pourraient nous être utiles. Le matelot anglais m’adressa un sourire timide, signifiant qu’il faisait aussi parti du plan. Quelques minutes plus tard, j’empoignais les rames d’une barque avec l’espoir de s’en sortir sans trop de dommage, mais aussi la culpabilité. Les anglais étaient les seuls à bord qui auraient pu nous aider. Demain, lorsque le capitaine s’apercevrait de notre départ, ce seraient les anglais qui paieraient pour nous.


17 juin 1653

La barque, poussée par le courant, se stoppa enfin sur les côtes de l’Islande. Dans l’embarcation se trouvaient deux jeunes hommes, serrés l’un contre l’autre, endormis par les efforts colossaux qu’ils avaient effectués pour se rendre jusque là. L’aîné, 22 ans, était canonnier. Le cadet, 19 ans, avait appris le métier de gabier. Les deux revenaient d’une aventure terrifiante qui aurait pu leur coûter la vie. Lorsqu’ils se réveillèrent enfin, ils purent mettre pied à terre, tout près d’un port heureusement. Débrouillards, ils abandonnèrent la barque à l’abri, ne prirent que le nécessaire avec eux et se rendirent au village, dans l’intention d’y rencontrer d’autres marins d’expérience. Malgré ce que l’on aurait pu croire, bien que profondément marqués par leur aventure pirate, Reinhard et Hendrik n’en avaient pas encore assez de la vie maritime. Le plus jeune était déterminé à devenir corsaire et son compagnon ne l’abandonnerait pour rien au monde. À la taverne du village, les deux gaillards trouvèrent quelques matelots solitaires, en quête de péripéties. Six en tout. Bien peu pour un équipage, mais bien assez pour appareiller avec un navire. Mais restait justement le problème du navire. Même à eux huit, les hommes ne pouvaient pas se payer un navire, même très usagé.

La seule solution résidait dans le vol.

Ou plutôt l’emprunt, ce serait moins accusateur pour nous. Si nous voulions naviguer, il nous faudrait réquisitionner un bateau en état de marcher. Et le port en regorgeait ! Le soir même, les hommes et moi prirent d’assaut un magnifique navire, une petite frégate digne des corsaires. Dans la plus grande discrétion, nous fîmes descendre les quelques marins restés à bord –les autres dormant à l’auberge en cette douce nuit. Reinhard trouva rapidement la cabine du capitaine, déserte. Heureusement, car il y déroba les lettres de marque –ce qui prouvait hors de tout doute que nous avions à faire à des corsaires. Enfin, avant même que les marins remis à terre aillent pu avertir leur capitaine du vol –de l’emprunt, plutôt- nous nous éloignions vers le large, sous les ordres de Reinhard. Oui, j’avais toujours rêvé d’être capitaine, mais en voyant l’étincelle dans les yeux de mon amour, alors qu’il ordonnait aux matelots de mettre le cap vers l’est, je me sentis aussitôt comme si mon rêve avait été réalisé. Il me nomma lieutenant.

Sur les lettres de marques, nous pûmes lire :

« [...] permet au capitaine R. VanderHogen, au second W. et au lieutenant E. Traunstein de faire armer et équiper [...] »

Nous décidâmes d’associer le « R » à Reinhard, il devînt donc le capitaine Reinhard VanderHogen ; un matelot prénommé Wilhelm devînt le second et « E » fut attribué à une faute d’orthographe à mon prénom « Hendrik » et « Traunstein » devînt mon nom. Le navire Sieben Meere se trouva rapidement un nouvel équipage. De ports en ports, nous engagions d’autres hommes et devenions chaque fois plus crédibles : notre bâtiment au nom connu de plusieurs –ce que nous ignorions au départ- possédait un équipage d’une trentaine d’hommes. Durant trois ans, la vie fut comme je l’avais toujours imaginé...


12 juillet 1656

La tempête nous frappa par surprise. Un instant, le ciel était bleu, le pâle soleil nous éclairait, et la minute suivante, d’énormes nuages se regroupaient au-dessus de nos têtes. Les éclairs fendaient le ciel, rapidement suivies par le grondement du tonnerre. Tout arrivait si vite que cela ne pouvait venir que de la colère des dieux. Le vent se leva et Reinhard, arrachant les commandes à son second, me cria de le rejoindre. Agrippé dans les cordages, luttant contre les bourrasques qui menaçaient de me projeter dans les airs, j’atteignis enfin le gaillard arrière. Mon compagnon se cramponnait de toutes ses forces à la barre. D’une main, il m’attira contre lui. Une vague balaya le pont, emmenant avec elle un ou deux matelots pris par surprise.

« Hendrik, cette tempête est presque surnaturelle ! Je n’ai jamais rien vu d’aussi puissant ! »

Le gouvernail lui échappa brusquement et nous fûmes projetés au sol. Avec une rapidité fulgurante, le second empoigna la roue et nous fit signe que « tout était sous contrôle ». Le capitaine se releva et je fis de même ; les pieds sur un plancher ferme, je me sentais étrangement très maladroit. Reinhard me guida à l’abri, tout près de l’entrée de la dunette(10).

« Si le navire sombre, je sombrerai avec lui, Hendrik. Si tu survis, amène avec toi les hommes restants et devient corsaire, de la bonne manière cette fois. Mais si je tombe durant cette bataille, alors prends ma place et fais tout en ton pouvoir pour guider ce navire hors de la tempête... »

Sur son visage se mêlaient la pluie et les larmes ; sa longue chevelure était collée contre son front, cachant son œil droit. Le ruban qui retenait habituellement ses cheveux avait dû tomber.

« Promets-le-moi, mon amour... »

J’étais choqué des déclarations de celui que j’aimais, mais un « c’est promis » m’échappa comme si ma parole n’avait pas été mienne. Sous la menace de la tempête, la pluie battante et le grondement du tonnerre, la lumière bleutée des éclairs et le vent fouettant nos visages, Reinhard posa ses lèvres sur les miennes en un baiser qui serait peut-être le dernier. Cette étreinte fusionnelle sembla durer une éternité ; j’aurais aimé arrêter le temps. Pourquoi est-ce que les plus belles choses se terminent aussi rapidement ?


« Capitaine ! Le mât d’artimon s’est effondré ! Où est le lieutenant Traunstein, morbleu ?! Nous avons besoin de lui tout de suite ! »

Quittant à regret les bras de son amant, Hendrik se précipita vers le lieu de la catastrophe. La voile était déchirée et les cordages pendaient lamentablement ; quelques matelots grouillaient autour de la partie démolie. Le jeune homme tenta tant bien que mal de limiter les dégâts, mais il n’eut pas le temps de faire quoi que ce soit : de l’autre côté, le mât de misaine fut détruit par la foudre. Deux matelots furent coincés sous le mât, beaucoup d’autres furent emprisonnés sous les voiles qui s’étaient enflammées. Pendant que ceux-là se débattaient avec les flammes, la moitié des autres fut happée par les vagues. Reinhard avait repris sa place à la barre et son regard fixait l’horizon. Ses traits étaient crispés sous la détermination : son amour sut alors que ses déclarations précédentes n’avaient rien d’un mensonge. « On reconnaît un bon capitaine à la façon dont il coule avec son navire », avait un jour dit ce digne capitaine de la frégate.

Soudain, alors que Hendrik s’était perché dans les cordages du grand mât, une énorme vague se jeta sur le pont tel un monstre marin affamé. Les derniers matelots qui s’accrochaient furent projetés dans les profondeurs de la mer.

« They’re gone to the Davy Jones’ Locker ! », hurla Smith, l’officier anglais.

Si la pluie avait cessé, on aurait pu voir les larmes qui déferlaient sur les joues de ce survivant jusqu’alors si courageux. La seconde d’après, il disparut avec les autres. Le gabier, absorbé par la solidification du gréement, réalisa une chose : Reinhard n’était plus à la barre. Il scruta le pont des yeux, mais il n’y était pas non plus. Il vit alors le second Wilhelm, se traînant au sol vers la barre. Toutefois, la tempête ne lui laissa pas le loisir de voir si l’homme y était arrivé : le grand mât se brisa à son tour et s’enfonça dans l’océan glacé.

La température du l’eau me paralysa momentanément : je n’arrivais pas à comprendre ce qui venait d’arriver. Autour de moi flottaient les corps de mes amis, certains se débattant encore désespérément pour respirer une dernière fois. Devant mes yeux embrouillés apparue une silhouette que je connaissais. Malgré l’engourdissement, je réussis à distinguer l’être qui comptait le plus pour moi...Reinhard. Sa chevelure presque noire formait une auréole autour de son visage d’ange, ses yeux s’étaient clos à jamais...Un hurlement muet m’échappa, résonnant peut-être aux oreilles des créatures sous-marines –je ne le saurai jamais. Une douleur inqualifiable me vrilla les tympans, j’eus l’impression qu’on me déchirait le cœur...Mes pieds étaient emmêlés dans les cordages du mât, je n’avais plus d’issue sinon de fermer les yeux. Je me laissai porter par les vagues déchaînées, croyant mourir...L’espérant presque...


(1)Fisker : « pêcheur » en norvégien
(2)Rowdy : « voyou » en allemand
(3)Muchachos : « garçons » en espagnol
(4)Navegación : « navigation » en espagnol
(5)Chavales : « gamins » en espagnol
(6)Gamberros : « voyous » en espagnol
(7)Amigos : « amis » en espagnol
(8)Gabier : matelot qui s’occupe de l’entretien des voiles et du gréement
(9)Guildive : ancien terme pour désigner le rhum, c’est une déviation de l’anglais « kill-devil »
(10)Dunette : superstructure servant au logement des officiers
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MessagePosté le: Sam 2 Juin - 11:50 (2007)    Sujet du message: Hendrik Traunstein Répondre en citant

Juste pour info, j'ai fait une petite modification de la fiche de présentation (en fait, je pensais l'avoir faite, et j'avais oublié...)

Tu n'as pas à t'excuser de la longueur de ta fiche c'est vraiment agréable à lire et très fluide... J'ai été très émue par l'histoire des deux marins, vraiment...

Citation:
de la vieille cire allumée avec un briquet

Ca existait déjà au 17em siecle les briquet ? (c'est une vraie question, je ne sais vraiment pas...)

Enfin bon, tout ça pour dire: FICHE VALIDEE !!

J'attends tout de meme tes quelques modifications et, je fais un post pour décrire ton arrivée à Ice City... Tant qu'il n'y aura personne d'autre dans le Cité, je jouerais avec toi ^^
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Hendrik Traunstein
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MessagePosté le: Sam 2 Juin - 22:25 (2007)    Sujet du message: Hendrik Traunstein Répondre en citant

Modifications effectuées, mon capitaine ^_^

Pour le briquet, oui mais quand je dis "briquet" c'est surtout pour la technique du briquet. C'était un principe ressemblant à celui de la préhistoire : frapper des pierres ensemble. Ce n'est pas très renseigné pour l'époque, mais il y a des références à la pierre de fusil qui est un morceau de silex. Donc voilà pour l'explication ^_^ !
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MessagePosté le: Dim 3 Juin - 11:14 (2007)    Sujet du message: Hendrik Traunstein Répondre en citant

Merci d'avoir éclairé ma lanterne ^^

Pour ce qui est de ce que portait Hendrik, tout à survécu, il a toujours les colliers, la bourse (mais comme elle a pris l'eau, elle est un peu abîmée) et la dague...

Je fais ton post d'arrivée ^^
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MessagePosté le: Aujourd’hui à 19:13 (2018)    Sujet du message: Hendrik Traunstein

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